Période de 1830 à 1848 - Ecole - Histoire de Mosset

Rechercher
Aller au contenu

Menu principal :

Période de 1830 à 1848 - Ecole

XIXe siècle > 1830 à 1848

Ecole primaire de 1830 à 1848



La loi Guizot de 1833


L’enseignement en France au XIXe siècle est marqué fondamentalement par la loi François Guizot de 1833 et la loi Jules Ferry de 1881 et 1882.
Pendant les premières années du règne de Louis-Philippe, les représentants du parti libéral et les membres du clergé réclament, pour des raisons différentes, la liberté de l’enseignement. La tâche de moderniser l’enseignement primaire revient alors à François Guizot, ministre de l'Instruction publique. La loi du 28 juin 1833 accorde ainsi la liberté aux communes d’ouvrir des écoles primaires. Cette œuvre de compromis ne satisfait en réalité personne. L’obligation de scolarisation n'est pas prévue par la loi et la gratuité ne concerne que les indigents. De plus, seuls les garçons iront à l'école primaire tandis que le choix entre un maître religieux et un instituteur laïque reste libre
.
L’enseignement élémentaire vise alors à moraliser le peuple, à favoriser l’essor économique et à consolider le nouvel ordre politique et social.
Si, en 1829, 14000 communes sur les 35000 que compte le pays ne possèdent pas d’école primaire, elles ne sont plus que 3213 dans cette situation en 1847. 3,5 millions d’enfants sont alors scolarisés, ayant ensuite, devenus adultes, plus facilement accès à la lecture de la presse, des almanachs.
Reposant sur l'idée que l'instruction contribue au progrès général de la société, la loi Guizot organise l'enseignement primaire au profit des classes populaires autour de deux principes
1- la liberté de l'enseignement primaireTout individu âgé de 18 ans peut exercer librement la profession d' instituteur primaire, à condition d'obtenir un brevet de capacité, délivré par l’Administration de l’enseignement primaire à l'issue d'un examen, et de présenter un certificat de moralité.
2- l'organisation d'un enseignement primaire public, intégré au sein de l'UniversitéChaque  département doit entretenir une  école normale d'instituteurs pour la formation des maîtres et chaque  commune de plus de 500 habitants est tenue d'entretenir une  école primaire et un instituteur. La commune peut satisfaire à ses obligations en subventionnant une école primaire confessionnelle établie sur son territoire.
Qu'elle soit privée ou publique, l'instruction primaire élémentaire comprend nécessairement "l'instruction morale et religieuse, la lecture, l'écriture, les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures.
Il sera fourni à tout instituteur communal,
1 - Un local convenablement disposé, tant pour lui servir d'habitation, que pour recevoir les élèves ;
2 - Un traitement fixe, qui ne pourra être moindre de deux cent francs pour une école primaire élémentaire, et de quatre cents francs pour une école primaire supérieure.
Seront admis gratuitement, dans l'école communale élémentaire, ceux des élèves de la commune, ou des communes réunies, que les conseils municipaux auront désignés comme ne pouvant payer aucune rétribution.

Mosset a choisi de créer une école laïque, seule adaptée à une population de plus de 1300 habitants, les deux écoles privées en place ne recueillant qu’une poignée d’élèves.
Dans ce qui suit nous allons examiner les applications concrètes de la loi Guizot à Mosset, le local d’école, le choix et le comportement des instituteurs.


La maison commune

Avec 1300 habitants environ Mosset pourrait scolariser plusieurs centaines d’enfants âgés de 6 à 12 ans. Bien entendu en 1833 l’enseignement n’est pas obligatoire mais cette perspective montre que même en se limitant à quelques dizaines d’élèves il faut, avant tout, disposer d’un local adapté. Il n’y en a qu’un seul dans le village, c’est l’église

Lors du le Conseil Municipal du 20 août 1833, juste après la promulgation de la loi Guizot, la question du local est la première qui est prise en considération. Mais dans ce domaine de l’immobilier il y a plus urgent. La commune n’a pas de mairiela maison commune. Elle est écroulée depuis le mois de février 1830. Les réunions du Conseil Municipal ont lieu dans la maison d’habitation du Maire qui fait office de mairie. Les mariages sont célébrés chez lui. Du temps de François de Massia c’est à deux pas au 1 Escaler den Dolfe. Barthélemy Lavila, son successeur, sera lui aussi bien placéau 2 Carrer del Trot.
Le 20 aout 1833, on délibère donc sur la maison commune. Il est clair "qu'il serait urgent de s'occuper de sa reconstruction." On apprend alors qu’elle est " un lieu malsain, au nord, attenant à l'église, humide en été et très froid en hiver, sans pouvoir y faire du feu à cause de la fumée incorrigible,  que le local est trop petit et trop rétréci pour les assemblées générales, les réunions municipales et pour les associations des canaux d'arrosage."
Ce local correspond à la parcelle N°399 du plan cadastral de 1811. Il est entre l'église et le n° 1 de la Plaça San Julia.
La discussion est animée et les idées se succèdent. En reconstruisant, le rez-de-chaussée servirait à déposer, "comme il l’a été de tout temps, le lit mortuaire de bois de la marguillerie… Le dessous de la petite sacristie servirait de prison… Le premier étage qui servait de maison commune sera affermé... Un lieu unique au centre du village, attenant à la place, en face de la fontaine. [Elle se trouvait au croisement du Carrer del Trot et du Carrer del Pou, presque au centre de la place San Julia.] "
Tout cela est estimé à la somme de 1600 francs.
Il est donc demandé au Préfet de prendre en considération cette délibération et la situation de la commune qui compte 1300 âmes avec très peu de gens aisés, et où une salle d’école primaire est indispensable. Si Monsieur le Préfet peut obtenir de Monsieur le Ministre de l’Instruction Publique un secours, la commune, de son côté, pourra s’imposer pour une certaine somme à prendre sur les exercices de 1834 et de 1835.

Ce texte deviendra le texte modèle des 15 délibérations suivantes du Conseil Municipal de Mosset de 1833 à 1845.
Il s’articule en 3 points
1- La commune a un besoin certain d’un Centre Communal regroupant l’école, l’appartement de l’instituteur et la mairie avec sa salle de réunion et ses archives.
2 - La commune est trop pauvre pour supporter la charge financière correspondante. C’est ce qui explique que toutes les réunions se feront avec la participation active d’un nombre égal de représentants des plus imposés. C’est d’ailleurs la loi.
3 - Une subvention du Ministère de l’Instruction Publique en est la condition.

Le Ministère de l’Instruction Publique n’accordant pas d’aide, les 5 Maires et leurs Conseillers qui se sont succédé au cours de la période n’ont trouvé la solution qu’en 1845. Ils avaient eu le temps de proposer toutes les variantes.
Si la possibilité de reconstruire à l’emplacement de l’ancienne mairie, contre l’église, est rapidement abandonnée, l’association mairie école est toujours resté l’objectif de base.


Construction d’une école et d’une mairie

Maison de Massia
La première idée est de construire un nouveau bâtiment, rassemblant la future école primaire et la future maison commune. L’emplacement choisi est à côté de la maison de l’ancien maire François de Massia (1796-1878) au 1 Escaler d’en Dolfe.
Lorsque le 25 juin 1834, l’architecte du Département se rend à Mosset pour étudier l’implantation, de Massia lui fait observer qu’il en est propriétaire et "qu’il ferait valoir ses titres aux premiers coups de pioche que la commune y donnerait." 8,9 et 10 juillet suivants de Massia a "fait élever un mur du côté de la rue, de 2 mètres de haut, allant de la place [de Dalt] à sa maison."
Bien que les vacants du territoire de Mosset aient été adjugés aux descendants des d’Aguilar par un jugement de la cour Royale de Montpellier de 1811, Charles Delacroix [marié à la descendante Zoé d’Aguilar] ne peut prétendre être maître d’un lambeau de terrain existant qui a été, de tout temps, au service de la commune estime le Conseil Municipal. En effet, d’une part, il ne porte pas de numéro sur le plan figuratif et, d’autre part, il est situé dans un endroit, à l’intérieur du village, où, avant la Révolution, le seigneur aurait préféré en céder l’usage et en percevoir un revenu [selon le principe de la censive qui était une prérogative du droit seigneurial], alors que, comme simple propriétaire, il n’en aurait rien tiré. Cette maison de Massia fut construite par feu Joseph Escanyé [1726-1795] vers 1759 comme le prouve son épigraphe (voir JDM N°40). Au devant de l’habitation, un passage qui traversait le ravin, dit Lo Baill, permettait d’aller à la maison voisine de feu François Prats [1780-1805] du côté de l’ancienne muraille à laquelle la maison Escanyé était adossée. Le dit Escanyé bâtit, en avant de sa maison, une terrasse, en poussant le passage de la maison Prats plus haut. Vers 1805, feu Melchior Bompeyre, beau père de François de Massia, acheta la maison à Escanyé et la maison Prats. Il y a environ 15 ans [1819] Bompeyre fit un avancement et prit la terrasse. Le passage de la maison Prats est donc bâtit sur la voie publique.
Ces considérations font que le Conseil Municipal soutient que le terrain est à la commune, et ce d’autant plus que de Massia n’est à Mosset que depuis une quinzaine d’années et ignore tout de l’évolution du quartier.
Il persiste à y bâtir le local projeté et demande de faire ordonner à de Massia la démolition du mur qui a été bâti. L’alternative pourrait être que la commune "profite de ce mur pour bâtir la bâtisse projetée, en l’obligeant de fermer les croisées et de changer l’écoulement des eaux pluviales qui découlent de sa maison pour les faire couler par une autre face." (Conseil Municipal du 5/8/1834) exploit du 27 septembre 1834 les mariés François de Massia et Sophie Bonpeyre font assigner la commune devant le tribunal civil de Prades pour se faire déclarer "propriétaires d’un terrain public, désigné vacant, ou petit lopin de terre ou rocher de 30 m2 grevé de diverses servitudes" En réaction, le Conseil Municipal du 5/10/1834, autorise le maire à plaider.On ignore l’évolution de ce conflit et quel qu’il soit, le projet de construction nouvelle est abandonné. On sait qu’une construction ex nihilo, de l’école n’aura lieu qu’en 1911 et en 2000 pour la mairie.


La maison Pompidor

La solution retenue est l'achat de la maison d’Isidore Pompidor (1770-1837) dans la rue del Trot. [Actuellement 2 Plaça San Julia et 2 Carretera de Prada]. Elle présente plusieurs avantages : elle est bien placée, elle est quasi-neuve et elle permet le groupement de la mairie et de l’école. Pompidor, originaires de Prats-de-Mollo, s'étaient installés à Mosset avant la Révolution. Le père d’Isidore, Jacques, était "pagès" c'est à dire riche propriétaire et jouissait du privilège d'appartenir à la capitainerie du Roussillon et, à ce titre, d'être garde du Duc de Noailles, gouverneur du Roussillon, du Conflent et de Cerdagne. Cette position, proche du pouvoir, n'a pas empêché le fils Isidore de jouer un rôle important à Mosset pendant la Révolution comme représentant du peuple et plus précisément comme Commissaire du Directoire exécutif du canton de Mosset. La Révolution n’a pas été l’œuvre du peuple mais de la bourgeoisie qui avait l’instruction.
Isidore Pompidor est, de 1808 à 1815, adjoint de Joseph Porteil (1752-1824), maire de Mosset, poste qu'il doit abandonner en 1816 étant catalogué "bonapartiste". Il reste cependant au Conseil Municipal dont le maire Julien Prats (1778-1839) de 1806 à 1821 n'est autre que son cousin germain, fils de l'acquéreur de Corbiac. Isidore quitte Mosset pour Prades en 1830 et devient contrôleur des contributions.réunion extraordinaire du Conseil Municipal du 13/05/1836 regroupe 10 conseillers et les 10 plus forts imposés de la commune. Unanimement ils votent l’acquisition de la maison Pompidor et, pour la financer, une contribution extraordinaire de 1500 francs, moitié du prix d’achat. L’impôt portera sur les 3 exercices de 1836, 1837 et 1838. Le financement complémentaire fait l’objet d’une demande de subvention.
Étaient présents
Comme membres du Conseil MunicipalJulien Prats, Dominique Matheu, Maurice Corcinos, Joseph Baptiste Ville Dominique Escaro, Jacques Dirigoy, Barthélemy Lavila.
Les plus imposésMichel Arrous, Sébastien Mayens, Sébastien Cantié, Sébastien Arrous, Pierre Dimon, Jacques Ruffiandis, Joseph Bazinet, Baptiste Corcinos.


La maison d’Isidore Pompidor est neuve, elle vient en effet d’être reconstruite à la suite d’un incendie qui a éclaté dans la nuit du 27 au 28 novembre 1833. Les travaux ont été confiés au maçon Gaspard Bès (1788) de Prades pour la somme de 4143 francs et une livraison 5 mois plus tard, Joseph Bazinet apportant sa caution. Le 02/12/1834 le maçon a reçu 4064 francs de M. Ange de la Compagnie le Phénix où la maison était assurée. Le devis initial pour la reconstruction s'élevait à 5364 francs, la garantie de l’assurance n’était probablement pas totale. (ADPO 3E47/22 N°168 Folio 117 et N°413 Folio 304 Vincent Paris, notaire)


9 ans pour obtenir la subvention

La demande de subvention de 1836 n’a pas eu d’écho auprès du Ministère. Lors de la réunion du Conseil Municipal du 24/06/1837 la délibération de 1836 se répète mais le prix de vente passe maintenant à 3800 francs et l’aide demandée à l’État est portée à 2000 francs !
Il est bien entendu que l’achat ne concerne que la moitié de la maison : celle "qui confronte l'autre moitié au levant et les héritiers du sieur Joseph Cantié."
En 1838 l’imposition prévue est portée à 3000 francs remboursables annuellement en 4 quarts de 750 francs. Le vendeur Isidore Pompidor décédé à Prades en 1837. Ses 5 enfants héritiers maintiennent la vente mais  font une proposition de vente de la totalité de l’immeuble au prix de 6000 francs seulement “compte tenu de la belle situation et de l’état de la construction." Ils ont la sagesse de d»signer un mandataire, le fils Sébastien Pompidor (1805-1859), négociant droguiste à Prades.
Curieusement, compte tenu des faibles moyens financiers de la commune, le Conseil Municipal prend en considération cette offre et la présente au préfet, évidemment à condition d’un secours gouvernemental de 3000 à 4000 francs, la commune étant déjà prête à s’imposer sur 3000 francs. Ce cas de figure n’a pas plus de succès que les précédents.

Mais si elle ne peut pas acheter la commune peut louer. Le 12/08/1838, un bail est conclu, au loyer de 100 francs sur une durée d’un an à partir du 1er juillet 1839. La grande maison est répartie entre le propriétaire et le locataire : "Le rez-de-chaussée, confrontant Isidore Escanyé, pour l’instituteur et le restant du rez-de-chaussée pour les Pompidor ainsi que tout le grenier. Le second est divisé en 5 pièces, 3 confrontant le même Isidore Escanyé, sont destinées à l’instituteur communal et les 2 restantes aux assemblées et archives de la mairie."
Les Pompidor doivent, à leurs frais, faire construire 2 cheminées ainsi que tout le nécessaire pour y faire du feu. Le travail doit être terminé à la fin du mois d’octobre 1839 [probablement pour la rentrée des classes].délibération du Conseil du 21/02/1842 apporte une idée nouvelle : on logera non seulement l’instituteur mais aussi l’institutrice. Bien entendu cette option implique l’acquisition de la totalité de l’immeuble à 6000 francs. On compte dans la commune " plus de 1200 habitants si bien que l’école serait fréquentée par un grand nombre d’élèves des 2 sexes."L’aide gouvernementale n’est toujours pas accordée. Il est vrai par ailleurs que Mosset attendra 20 ans pour avoir une institutrice publique.délibérations en 1842 et 1843 sans plus de résultats jusqu’à celle de 1844. Le 11/02/1844, en présence des plus imposés, l’accord est obtenu pour une imposition extraordinaire de 1100 francs payables en 2 ans, le reste étant payé par l’État.partie de la maison de la dite rue del Trot est donc achetée à Sébastien Pompidor. Dans la promesse de vente du 16/05/1844, la partie de maison concernée correspond au 2 Plaça San Julia. Son prix est de 3000 francs

La maison Pompidor qui avait été louée nue nécessite quelques achats complémentaires : le 15/10/1843, on décide de faire confectionner des meubles, 2 bancs, un tableau et 2 tables au prix de 33 francs.

La réunion du Conseil Municipal du 09/06/1844 en confirme les conditions. Il est entendu que le financement se fera de la façon suivante : 1900 francs de subventions et 1100 francs à la charge de la commune, au titre d'une contribution extraordinaire et le paiement se fera en 3 versements par an de 2000, 500 et 500 francs. (ADPO 2OP2265)

Le conseil est composé de : Maurice Corcinos, maire, Cantié Joseph, adjoint, Ville François Léon, Marty Jacques (1792 -1859), Roquefort Joseph, Ruffiandis Jacques, Dimon Pierre (1786-1865), Mayens Sébastien.


Joseph Cantié (1796-1867), adjoint au maire, est chargé de procéder à l’enquête de commodo et incommodo. Elle a lieu 02/06/1844. Personne ne s’est présenté si ce n’est, vers les 5 heures du soir, le sieur Gaudérique Parès (1811-1875), propriétaire, "qui nous a déclaré qu'il était convenable d'acheter la maison proposée tant par sa position que par le bon état dont elle se trouve maintenant. Le dit Parès a déclaré ne savoir signer."(2OP2265) Pour une raison qui lui est propre [link:6]Gaudérique Parès[/link:6] n’a pas voulu signer alors qu’il savait Le ministre de l'intérieur donne définitivement, par les ordonnances du 1/09/1845 et du 30/08/1846, son accord à l'opération.

François Guizot (1787-1874)
Guizot François
Emplacement de la mairie de 1830 (Photo 2011)
Ancienne mairie de 1830
1 Escaler den Dolfe

Maison de Massia
1 Escaler d'en Dolfe

Mairie en 1998

Maison Pompidor
Mairie jusqu'en 1999
puis bibliothèque

Acte d’achat de la maison d’école et de la mairie


Les deux actes de vente des deux parties de l’immeuble sont signés successivement chez maître Bonaventure Xatart (1803-1869) notaire à Prades le 22 septembre1845. Le vendeur est le mandataire Sébastien Pompidor et les deux acheteurs sont tout d’abord Gaspard Palol (1815-1900) pour la moitié est de l’immeuble et le maire Maurice Corcinos (1804-1863) pour l’autre

Achat par Gaspard Palol

La partie acquise par Gaspard Palol qui correspond à l’actuel 2 Carretera de Prada, est située en 1846 dans la rue del Trot. La Carretera de Prada n’existait pas et la rue del Trot se prolongeait par l’actuelle rue de Santa Magdelena.maison confrontait
du levant Michel Arrous, rue au milieu [maison qui a été détruite lors de la construction de la route de Prades en 1883] et les héritiers d’Isidore Escanyer. [4 Carretera de Prada]
- du midi la rue del Trot
- du couchant la moitié restante de la maison
- du nord Martin Respaut.[2 Placeta del Sabater]contrat fixe de nombreuses conditions et servitudesla charge du vendeur, les portes qui existent au mur mitoyen seront fermées. Ces portes sont en face de l'escalier du premier, du second et du troisième étage. Après fermeture l’emplacement restant pourra permettre d’établir des armoires sans que les sœurs Pompidor s'y opposent.
Aux fenêtres de la moitié de maison, objet de la présente vente, et qui prennent jour par le ciel ouvert, Pompidor sera tenu de placer, à ses frais, une petite grille en fer. Une telle grille existe déjà au ciel ouvert afin que le sieur Palol ne reçoive, dans l’égout, que les eaux pluviales et non autre chose. Cette grille devra être entretenue par le sieur Pompidor et changée à ses frais toutes les fois qu'elle ne pourra plus servir.
Le sieur Pompidor ne pourra jamais couvrir le ciel ouvert ni diminuer le jour, ni l'amortir. Cette ouverture devra toujours exister tel qu'elle se trouve aujourd'hui.
Le prix de vente est fixé à 2800 francs 1000 francs payables lorsque les obligations administratives seront remplies et 1800 francs dans 3 ans avec l'intérêt légal. (ADPO 3E77 21)

Achat par la mairie représentée par le maire Maurice Corcinos.

L’autre moitié de l’immeuble, au 2 Plaça Sant Julia, était, elle aussi, située dans la rue del Trot, ainsi que le ciel ouvert. Elle confronte :
- du levant Gaspard Palol
- du midi la rue del Trot
- du couchant les héritiers de Joseph Cantier. [4 Plaça San Julia]
- du nord Martin Respaut. [2 Placeta del Sabater]
Le prix est de 3000 francs versés pour 2000 francs après règlement des formalités administratives et 1000 francs le 1er décembre 1847,.cette dernière somme avec des intérêts de 5%. (ADPO 3E77/21)


Choix d'un instituteur communal en 1834


En vertu de l'article 17 de la loi Guizot, Mosset est tenu d’avoir un instituteur communal. Le 24 mai 1834, le Conseil municipal délibère pour désigner un candidat au poste et le présenter pour agrément au Comité d'Instruction Primaire du Canton de Prades,
Le choix doit se faire entre les deux instituteurs, déjà en place à Mosset etexerçant en école privée
- Joseph Saint-Sartou (1771)
Gaudérique Galaud (1798-1844) né et marié à Mosset. 

Ayant obtenu 8 suffrages sur 10, le second est désigné. Il sera l'instituteur communal de Mosset jusqu'en 1843.


Gaudérique Galaud instituteur communal


Gaudérique Joseph Ignace Galaud
dit Candelou est né à Mosset le 8 avril 1798, fils de Jacques, propriétaire, et de Marie Pacouil.
Il obtient son brevet de capacité depuis peu, le 22 mars 1832.
Nommé à l’école primaire de Mosset en 1834, il dispose d’un revenu annuel d’environ 500 francs. (ADPO 1T60)
En 1835 il a en moyenne 30 élèves non pensionnaires, qui payent une rétribution fixée par le Conseil Municipal de
0,75 ou 1 ou 1,25 franc. (ADPO 1T38)
Il est considéré comme de bonne moralité mais ses capacités sont jugées insuffisantes. En 1838-39 il a 35 élèves en moyenne dont 25 versent une taxe moyenne de 1 franc par mois alors que les 10 autres élèves, enfants de parents indigents, bénéficient de la gratuité.
En 1831 il élu sergent major de la Compagnie de la Garde Nationale locale.
En 1833 il assure le secrétariat de l'installation du nouveau maire François de Massia auquel il paraît lié. En effet, quelques années auparavant il avait signé une pétition réclamant sa nomination à cette fonction.
En avril 1843 il quitte son poste et est donc révoqué le 30 novembre 1843. Il décèdera à 46 ans le 28 décembre 1844 laissant deux enfants dont un fils Joseph de 12 ans qui, adulte, ne mesurera pas plus de 1,53 mètre mais qui sera instituteur puis professeur de Français à Paris.

Revenus de l’instituteur et budget de la commune
L’instituteur a un revenu qui a 3 origines
- Un fixe de 200 francs déterminé par la loi.
- Une taxe payée par les élèves mais fixée par la commune.
- Un complément versé par l’état de façon que le revenu annuel soit de 500 francs (porté à 600 francs en 1858).
Le 15/05/1837, le Conseil municipal adopte les montants suivants des taux de rétribution mensuelle à accorder à l’instituteur.
- 1,5 franc pour la première classe
- 0,75 franc pour la deuxième
- 1 franc pour la troisième.
Ces classes doivent probablement dépendre des impôts locaux payés par les parents.

Le budget de la mairie est de 200 francs auxquels s’ajoutent le logement de la famille de l’instituteur, la mise à disposition d’une salle de classe équipée. En 1837, Gaudérique Galaud ayant déjà une salle de classe, la commune lui verse 30 francs. Mais il est dépourvu de tables et bancs qu’il faut faire fabriquer par Maurice Laguerre (1792-1842) menuisier de Mosset.
Un an plus tard c’est la commune qui fournit la salle de classe et le logement de l’enseignant.  Le loyer annuel correspondant est de 100 francs. Le bailleur est le maire, Barthélemy Lavila dûment autorisé par le Conseil. .
Au total le budget annuel communal est de 300 francs.

Séquestration
Dans l'affaire de la "Séquestration pour un mariage" de 1839, Gaudérique Galaud est un des acteurs de la tragicomédire vécue par le Docteur Bazinet et la belle Clotilde Matheu. Gaudérique Galaud intervient comme épicier.On sait que le traitement d'instituteur au XIXe siècle était souvent complété par les membres de l'Instruction publique par d'activités à but lucratif : secrétaire, agent d'assurance, épicier. Voir ici..


Départ de Galaud
Au 14/08/1842, un Conseiller Municipal déclare que depuis 1 mois et demi (01/07/1842) M. Galaud, instituteur communal n’a plus ouvert sa clase et a fait faire des criées pour vendre son mobilier et affermer ses propriétés pour aller s’établir ailleurs. Il est à considérer comme démissionaire et il faut le remplacer. Les abandons de poste ne sont pas rares chez les instituteurs du début du XIXe siècle. Mal payés,ils recherchent des revenus supplémentaires ; ils sont secrétaires de mairie la plupart du temps. Nombreux sont ceux qui démissionnent pour entrer dans des actévités mieux rémunérées tels que ponts et chaussées ou vérificateurs des poids et mesures.

Michel Torreilles instituteur communal


Dans la réunion du 4/2/1844 du Conseil Municipal la candidature de Michel Torreilles est examinée. Né en 1823 à Saint-Estève, laïque et célibataire, il a obtenu le Brevet de capacité de degré élémentaire le 9/9/1842, à Perpignan. (ADPO 1T40) Il a présenté les divers certificats de moralité de Perpignan du 18/10/1839 au 6/9/1842, de Canet du 1/10/1842 au 24/03/1843. Il est définitivement choisi le 14/08/1843 et est nommé Instituteur communal le 04/02/1844. (ADPO 1T137)
Il a fréquenté l’École Normale [Le premier normalien de Mosset]. La création d’une école normale de Perpignan, envisagée en 1828, ne sera effective qu’en 1834. Concurrente des séminaires elle finira, mais pas sans difficultés, par s’imposer. A Mosset, cinquante ans plus tard Philippe Arbos (1858-1935) en sera la plus parfaite illustration.

A Mosset en 1843/1844, il recevra 35 élèves en moyenne annuelle (hiver et été), aucun pensionnaire, 30 payants et 5 gratuits. Le taux de rétribution moyen est de 1,5 franc et son traitement de 200 francs.
Son dossier d’appréciations nous apprend qu’il est "assez bien" en moralité, considération, relations, zèle, capacité mais d’un caractère léger, difficile. Les devoirs sont assez bien remplis.

Il cesse ses fonctions le 30/04/1846 pour aller au Boulou. Dans son dossier, on peut lireà la date du 15/04/1847 : réprimande et suspension d'un mois avec privation de salaire.
"Ne remplissait pas ses devoirs et ne tenait point une conduite digne de l'emploi qu'il occupe.
- Propos offensants et diffamatoires tenus contre la demoiselle Noguères, jeune personne âgée de 16 ans. Il a dit, en parlant de celle-ci, qu'il avait des rendez-vous avec elle, qu'il la faisait aller quand il voulait dans un lieu convenu, qu'il a joui d'elle et qu'il voulait la rendre mère avant de quitter Le Boulou.
- Persistance coupable à fréquenter des cafés et à jouer, même jusqu'à 6 et 7 heures du matin. On assure qu'il joue avec peu de loyauté pour gagner de l'argent de ses adversaires.
- Absences fréquentes de la commune sans autorisation.
- Se rend souvent à Perpignan ou il fréquente des maisons de prostitution, ou dans d'autres localités pour y jouer de l'argent.
- Sa classe est fort mal tenue.
Il a été introduit devant la commission de suspension pour faire entendre son avis sur ces accusations. Il a reconnu les faits sauf sur le premier point. Sur le dernier il déclare faire de son mieux."
Compte tenu de son jeune âge et de son inexpérience, il a été puni d'une suspension pendant 1 mois.
On le retrouve à Canohès où il y est apprécié. Le 10/04/1851, il démissionne pour entrer dans l'administration comme agent voyer. (ADPO 1T140)

L'école de Mosset qui n'a pas d'instituteur depuis le départ de Michel Torreilles choisit de proposer un bachelier
Joseph Fabre (1816-1848) bachelier es lettre. Il n’y aura pas de suite. Ce Joseph Fabre est probablement le fils de Jacques Fabre (1775-1843), tailleur et de Marguerite Cantié (1778-1830) étudiant en médecine en 1837 et deviendra officier de santé.

Un jeune instituteur de la callée prendra le poste : André Vernet (1821-1895) de Catllar.

Texte tiré de la SACL

"L'ordonnance du 29 février 1816 oblige en principe tout maître d'école à être muni d'un « brevet de capacité » : brevet du 3 degré, pour l'obtention duquel il suffit de savoir lire, écrire et compter ; brevet du 2 degré, qui nécessite la connaissance de l'orthographe et du calcul ; ou brevet du 1 degré, qui suppose en outre certaines notions de grammaire, d'arithmétique et d'arpentage. Ces exigences paraissent bien modestes ; et pourtant, en 1833, « de nombreux instituteurs exercent sans aucun brevet... Au même moment, le brevet du 3 degré, si fruste, est celui de la majorité des maîtres. Si bien que dans le corps enseignant d7un département, la proportion des enseignants sous qualifiés aucun brevet ou 3e degré seulement souvent et parfois dépasse 80 %... ». Dans les Pyrénées Orientales, environ les trois quarts des instituteurs recensés à cette époque sont ainsi sous qualifiés : près de 15 % exercent sans brevet et quelque 60 % ne sont titulaires que d'un brevet du 3 degré (ADPO-2 J 82).La vieille méthode individuelle, selon laquelle le maître fait travailler chaque élève séparément, est encore largement pratiquée en dépit de sa faible efficacité. Elle marque cependant un net recul devant la méthode simultanée, bien supécar elle permet d'occuper en même temps tous les élèves d'une classe ou d'une section. Le mode mutuel, enfin, qui consiste à confier des groupes d'enfants à des moniteurs choisis parmi les élèves les plus anciens et les meilleurs, connaît une certaine vogue sous la Restauration. En 1833, encore, dans les PyrénéesOrientales, 38 % des instituteurs s'en tiendraient à la méthode individuelle, mais 48 % auraient adopté la méthode simultanée et 7 % la méthode mutuelle, les autres pratiquant un système mixte combinant deux méthodes. Signes malgré tout encourageants, l'extension de la méthode simultanée et le débat autour de la méthode mutuelle témoignent sans doute, ici et là, d'une recherche d'organisation pédagogique."


Elèves indigents exemptés de contribution

Ecoliers exemptés

Le 9 août 1840, le Conseil Municipal dresse la liste des élèves exemptés de la contribution mensuelle (Article 14 de loi du 28 juin 1833.).
Ils font l'objet du tableau ci-contre. Certains ont été identifiés. Ils sont généralement âgés de 6 et 7 ans.
C'est leur première année d'école.

Elèves indigents exemptés de contributions

Nom et prénom

Père

Nom et prénom

Père

Ollo Giles

Indigent

Pacouil Joseph 1833-1902)

Tisserand

Ribes Julien (1834-1858)

Journalier

Brunet Pierre

Forgeron

Freu Dominique (1834-1900)

Journalier

Font Paul

de l'Hospice

Bazinet Thomas (1834-1907)

Travailleur

Fabre François

Indigent

Fourquier Blaise (1834)

Journalier

Bouvrier Gaudérique

Guillou

Grau Sébastien (1833)

Journalier

Sarda Hyacinthe (1835-1893

Catinat

Cayrol Clément

Tailleur

Chambeu Jacques (1834)

Travailleur

Gaché Adolphe (1833-1885)

Cordonnier

   

Correction manuelle


Lin Jean Jacques Cantié né le 15 juin 1829 à Mosset, est instituteur à Vernet depuis le 10/06/1850. Il est ancien élève de l'Ecole normale de Perpignan
Le 15/03/1851 il a la visite de l'Inspectrut primaire Bareu qui rédige le rapport suivant :
"Cette école dirigée avec assez d'intelligence par un instituteur capable, offre des résultats satisfaisants pour la lecture, la grammaire, le calcul et le catéchisme. L'écriture seule me paraît à surveiller, les cahiers sont mal tenus.
A mon entrée dans l'école, trois des premiers enfants qui apprennent à lire et que le maître avait mis à genoux m'ont fait supposer, par leurs pleurs et leurs contorsions, qu'ils venaient d'être l'objet d'une correction manuelle. Le sieur Cantié m'a avoué en effet, qu'il venait de leur administrer la férule à cause de leur dissipation. Leurs mains très enflées portaient une forte empreinte de la baguette qui venait de servir d'instrument. Je suis porté à croire que cet instituteur emploie souvent la correction manuelle car c'est en riant qu'il me dit avoir corrigé les 3 jeunes enfants à cause de leur dissipation.

Férule
Ferule

Bien que j'ai blâmé le sieur Cantié de sa sévérité en présence de Monsieur le curé, je suis d'avis qu'il soit réprimandé  par vous ou par le conseil académique pour une pareille violation du règlement. Cet instituteur ne me paraît pas aimer les enfants."(ADPO 1T430).
L'instituteur aura d'autres ennuis avec l'inspecteur qui découbrit que Cantié avait sur son bureau de maître un livre pornographique. Révoqué, la communauté influente de Mosset obtint sa réintégratio, à Estoher. Quelques années plus tard il démissionna.


 
Mis à jour le 03/02/2017
Retourner au contenu | Retourner au menu