XVIIIe - Invasion espagnole de 1793 - Histoire de Mosset

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XVIIIe - Invasion espagnole de 1793

XVIIIe siècle > Révolution > 1793


1793 (1/2)
L'invasion espagnole
La chute de Mosset

Le nouveau maire Julien Corcinos

L’ancien Batlle, Julien Corcinos (1745-1820), l'homme qui avait des relations directes avec le Marquis d'Aguilar, était à priori, un conservateur nostalgique de l'ancien régime. Mais il est élu maire aux élections communales du 20 mars 1793.

Il s’est donc adapté aux temps nouveaux : Louis XVI a été guillotiné le 21 janvier et Pierre d’Aguilar est décédé à Codalet le 10 août 1792 alors que ses fils, dont l'un est  ecclésiastique, se sont réfugiés en Espagne.
Depuis 1789, Julien Corcinos était resté discret. Son retour sur la scène locale n’est pas une réaction au récent établissement des tribunaux révolutionnaires ni à la création des comités de salut public à Paris, qui vont conduire à la Terreur (du 2 juin 1793 au 27 juillet 1794) ; leur influence locale au début de l’année 1793 n’est pas significative.  
Bonaventure Cossey (
1732-1813) et Emmanuel Rousse (1742-1808) de l'ancienne équipe siègent à côté de 3 nouveaux élus : Jean Not (1742-1811), Joseph Cantié (1756-1824) et Isidore Pineu (1757-1821). Quant au menuisier Joseph Estève (1761-1837), il succède, comme procureur, à Léon Vila.

Levée de 300 000 hommes

Depuis avril 1792, la France est en guerre contre l’Autriche et la Prusse. La patrie en danger a été proclamée au mois d’août. Après l’exécution du Roi, l’invasion étrangère est de plus en plus menaçante.
A Mosset, le 26 octobre 1792, 221 hommes sont recensés. Ils sont déclarés en état de porter les armes et aptes à la défense de la frontière. Ils disposent maintenant de 37 mulets, 5 chevaux, 55 ânes , 22 fusils, 9 sabres ou épées et 7 pistolets.

Le 24 février 1793, la Convention décrète la levée de 300 000 hommes (décret Barrère). Les hommes de 20 à 25 ans, célibataires ou veufs, sans enfant, sont appelés sur la base d’un contingent successivement imposé et réparti par département, district et commune. A Mosset, un registre est ouvert dans la maison commune ; les volontaires peuvent s’y faire inscrire. Dans le cas où le nombre de volontaires serait inférieur au quota fixé, les citoyens seront tenus de compléter. Lorsque le nombre de disponibles est supérieur au nombre de requis, les recrues sont sélectionnées par tirage au sort. L'important est le respect strict du quota. C'est certes contraignant mais moins que la conscription.
Depuis janvier 1793, l’Espagne a massé des troupes à la frontière catalane : Le 7 mars, la Convention lui déclare la guerre. Le 23 avril, à Perpignan, est constitué un Comité de Salut Public à l'image de celui de Paris.

Dans ce contexte belliqueux, le 24 avril 1793, Mosset doit fournir 11 recrues, "des hommes équipés de pied en cap, " précise le greffier Pompidor.

Les 11 "volontaires" du 24/04/1793 (1)
Volontaires

Joseph Blanque (1775)
Jean Fourcade (1770) né à Campôme
Joseph Morer (1766->1834)
Raphael Vila (1774-1830)
Jacques Bourges (1774-)
Jean Fabre (1770-1855)
Sébastien Marti (1774-1814)
Joseph Torrent (1770)

Plus 2 étrangers :

François Millau de Buillac
Pierre Aussoleil de Limoges

Conscrit élu

Sébastien Ruffiandis (1763)

Ils recevront veste, culottes, chemises, cols, guêtres, chapeau, souliers, brosses, peignes mais pas de fusils ni de baïonnettes et passeront une visite médicale devant un chirurgien (1).

Le nouveau maire Julien Corcinos et son conseil organisent la formation de ce contingent. Rapidement dix hommes se présentent (Voir l'encadré). Mais "le nombre de volontaires ne suffisant pas pour le quota assigné à la commune, l'assemblée des citoyens [dont on ne connaît pas la composition] a délibéré qu'il y serait suppléé par la nomination d'un citoyen à la pluralité relative des suffrages et étant, la dite assemblée, composée de 29 votants, le citoyen Sébastien Ruffiandis (1763) a réuni 23 voix et a été proclamé."

L'élan patriotique à Mosset est donc "digne d'éloge" écrit Lavila, membre de l'Administration du district, qui y veille et qui admoneste de nombreuses communes du Conflent, et non des moindres, comme celle de Prades, qui "donnent l'exemple d'une lâcheté coupable.
(2)"

Ces 11 jeunes futurs soldats sont rapidement mis en subsistance au 5e Bataillon de l'Aude : le 29 avril, ils sont déjà en formation à Axat. Dès le 20 août la majorité d’entre eux passera aux compagnies des Miquelets ; ils y seront inscrits comme "chasseurs éclaireurs volontaires."
Joseph Morer
ne les suivra pas : on le retrouvera, le 21 décembre 1793, "servant à l'hôpital de Perpignan,"
François Millau, lui, sera grenadier. Il décédera le 12 Prairial An 02 (31/05/1794) à "l'Hôpital des Sans-culottes de PIA avec d'autres révolutionnaires de diverses régions qui sont venus y mourir, en dehors des combats.
"

Avant le 17 août 1793

"Dès son entrée dans le département, le 17 avril 1793, l'armée espagnole remporte des succès rapides. Le 6 juin, elle termine l'occupation du Vallespir avec la capitulation de la forteresse de Prats-de-Mollo. Le fort de Bellegarde se rend le 24 juin. La prise de Perpignan devient l'objectif principal du général Ricardos, le commandant en chef espagnol qui prépare l'investissement de la ville en organisant un vaste mouvement tournant dont Thuir sera le pivot.

Les forces espagnoles occupent la partie occidentale de la plaine du Roussillon, le 1er juillet, Ricardos installe son quartier général à Thuir. Son intention est de traverser la Têt à Millas puis de couper les relations de Perpignan avec le Languedoc" et d’isoler Mont-Louis.
Après deux mois de succès faciles, l'affaire semble bien engagée. La traversée de la Têt va pourtant demander deux mois supplémentaires au commandement espagnol. Millas est occupé le 1er juillet au soir mais les Espagnols rencontrent une résistance inattendue lorsqu'ils se présentent devant la rivière… Ricardos reporte alors l'opération. Pour protéger son aile gauche, il fait occuper les villages voisins, Corbère, Ille-sur-Têt.
(3)"

Le 19 avril à Mosset, deux jours après le début des hostilités dans le Vallespir, le maire de Mosset reçoit la lettre du district lui demandant de "mettre en réquisition permanente le commandant de la Garde Nationale" du Canton(2).

Général Antonio Ricardos (Dageno)
Antonio Ricardos

1er mai à Mosset
Par une délibération du 1er mai, le Conseil municipal exprime son patriotisme et l'inquiétude de la population. Le maire Julien Corcinos expose " qu'il serait très avantageux de pouvoir se procurer des munitions de guerre pour se joindre, si besoin est, à nos frères, pour repousser l’ennemi et faire triompher la cause de la liberté.”
L'armée des Pyrénées orientales s'organise : le 20 juin 1793, à Prades se rassemblent 598 hommes avec le sixième bataillon de l'Aude, un bataillon de Nantes, un bataillon du Gers, 2 bataillons du Gard, auxquels se joignent environ 1500  Miquelets.

Carte de 1793


23 juillet 1793 à Mosset
Les Espagnols ont franchi, sans trop de difficulté, le col de Ternere. A Mosset, le Conseil municipal et des notables assemblés sont avertis du danger : L’officier municipal Emmanuel Rousse, inquiet, met l'accent sur les risques encourus par les troupeaux. Il prend la parole :
"Le temps du réveil est arrivé. Déjà les troupes espagnoles ont franchi le passage du col de Ternere. Déjà ils occupent Vinça et les hauteurs de son territoire. Rien ne peut s'opposer à leur marche, si les habitants du terroir non envahi, réunis à quelques compagnies de troupes disciplinées, ne forment une barrière redoutable en deçà et au delà de la rivière de la Têt au départ de Prades


Je sais et vous n'ignorez pas que nos concitoyens doutent… et nos moyens sont insuffisants… avec 50 fusils et pas une cartouche à leur remettre !
Et que peut d'ailleurs faire une troupe si peu nombreuse et étrangère à la tactique militaire contre les nombreuses compagnies espagnoles venant dans le district. Elles sont dotées d'une nombreuse artillerie. Demandez de l'argent au Département ou au Général, tant en hommes qu'en fusils et munitions. Dites lui que notre montagne est couverte de troupeaux de grosses cornes et de petites cornes, qu'elle est convoitée par nos ennemis qui ne manqueront pas de venir y faire une descente et faire main basse sur nos troupeaux. Dites leur surtout que le temps presse et qu'un peu de lenteur vaudrait un refus. Observez-leur que s'il n'est pas possible d'empêcher les Espagnols de venir à Prades, que du moins ils envoient des hommes armés. Placés sur les hauteurs des avancées de notre territoire ils feront payer bien cher aux hommes l'avidité qui les attise. Surtout si la force arrive à temps pour s'emparer des portes
[portes du village] inexpugnables.
Voilà citoyens ma proposition à délibérer.

Copie de la présente sera envoyée au Général en chef de l'Armée du Département [Général de Flers] en le priant d'avoir égard à la position de ces contrées qui se trouvent chargées en troupeaux, tant des territoires envahis que des divers cantons du Département ; objet considérables s'ils venaient à tomber malheureusement aux mains de l'ennemi.

Joseph Estève et Joseph Fabre ont accepté d'être commissaires chargés des liaisons avec l'armée pour les convois qui vont à Mont Libre
[Mont-Louis]
(11).

Général Louis-Charles de Flers


D'abord officier de l'armée royale, il se rallie à la Révolution. Le 14 mai 1793
, il est nommé commandant en chef de l'armée des Pyrénées-Orientales et le restera jusqu'à sa destitution le 6 août 1793.

Né le 12 juin 1754 à Paris et mort guillotiné le 22 juillet 1794 également à Paris, victime de la troisième conspiration des prisons
.

Ce texte appelle deux remarques :
1 - Le 79e d'Infanterie chargé de la défense de Mosset, n'arrivera que début août.
2 - Effectivement les troupeaux sur les montagnes de la commune, en plein été, représentent un bien très important : en 1720 on y dénombrait 40 000 bêtes.

23 juillet 1793 à Prades
Le 23 juillet 1793 les Espagnols sont déjà dans Vinça. A Prades les autorités prennent leurs précautions. Roca écrit : " J'arrive dans le moment, 10 heures du matin, de la montagne où j'ai été cacher ma famille, pour la soustraire aux fureurs des fanatiques espagnols et à la vengeance des Français ennemis de leur patrie(4)."

Le 30 juillet 1793 : chute de Prades
Le 30 juillet 1793, les troupes espagnoles rentrent à Prades ; les gens d'Eus se défendent brillamment et quelques maisons sont brûlées. Villefranche ouvre ses portes dans la nuit du 4 au 5 août. De nombreux villages "collaborent" avec les Espagnols : Finestret, Nohèdes, Corneilla, Fillols, Urbanya et en particulier Ria-Sirach. Souvent la coopération ne correspond qu'à un souci d'adaptation à la situation nouvelle. L'avance espagnole depuis 3 mois laisse penser que Perpignan tombera et que la victoire sera totale. Lorsque la collaboration est active, elle l’est sous l'influence des anciens émigrés revanchards de retour avec les troupes. A Ria des habitants auraient rejoint l’armée espagnole comme cadres. A Mosset, on le verra, l'ensemble de la population est restée républicaine. L'influence et le comportement d'Isidore Lavila, y ont été prépondérants. D'ailleurs, mis à part les Aguilar et les ecclésiastiques il n'y a pas eu d'émigré.

Repli du Directoire à Mosset puis à Caudiès

Le 4 juillet 1793, le Directoire du District avait pris la précaution de faire transporter à Mosset les papiers et les "fonds publics qui représentent une somme assez considérable."
Le tout est placé sous la responsabilité d'Isidore Lavila. Le lieu le plus sûr et sur lequel il peut veiller jour et nuit, est sa propre maison au 2 Carrer del Trot.

Le 2 Carrer del Trot
est le centre
du Conflent
et de la Cerdagne
en Juillet 1793.

Le 30, Prades étant pris, le Directoire, installé à Mosset, considère que le lieu n’est pas assez sûr. "Les papiers et registres de l'administration, ainsi que les effets d'habillement et équipement des recrues, qui ont été provisoirement déposés dans cette commune sous la surveillance du citoyen Lavila, l'un de ses membres, pourraient facilement devenir la proie de ces fanatiques ennemis." Il décide de transporter tout à Caudiès qui est encore à l'abri de toute incursion. Les mulets nécessaires au transport sont réquisitionnés.
Roca, Vilar et Roger vont à Caudiès ; Lavila reste à Mosset et Pierre Thomas va à Molitg. On les retrouvera à Puigcerdá le 2 septembre 1793
(4), où est établi l'état major de Dagobert qui est alors maître de la Cerdagne espagnole.

Stratégie des Espagnols
La stratégie des Espagnols est de couper les voies de communication entre Perpignan et Narbonne. Pour cela ils doivent passer sur la rive gauche de la Têt. Compte tenu des difficultés qu'ils rencontrent autour de Millas et Corneilla-la-Rivière et se trouvant maîtres de Prades et Villefranche, ils peuvent atteindre la vallée de l'Agly. La solution est de passer par Mosset, Montfort et la vallée de la Boulzane. Maîtres des Fenouillèdes ils couperaient aussi la route de Mont-Libre. Le contrôle de Mosset est donc le premier objectif.

11 août 1793 : Incursions à Molitg et à Mosset
Conduits par des habitants de Prades et de Villefranche, les Espagnols, "avec une force de 400 à 900 hommes," arrivent le dimanche 11 août à Molitg où les frères Guéridous de Villefranche et les frères Barrère de Prades avaient contribué à abattre et brûler l'arbre de la liberté planté sur la place. "De là ils filent sur Mosset d'où ils sont repoussés avec pertes : mais il est à craindre qu'à l'aide de renforts, ils ne s'emparent de ce poste." selon un courrier signé Jacomet Vilar.
Pierre Thomas (1765-1814) de Molitg, chirurgien et collègue de Lavila au District, rend compte à François Xavier Llucia (1752-1794), lequel avait été député avec Escanyé, des mêmes événements : Les Espagnols "se présentèrent au premier endroit sur les trois heures du soir, au nombre de huit ou neuf cents.  Le petit nombre de citoyens armés, avec une patrouille de 25 hommes, firent sur eux une furieuse décharge d'un poste qu'ils avaient choisi à l'avenue de Molitg.  Cette petite résistance ne put les arrêter.  Ils entrèrent dans le village et se rendirent de suite chez moi où ils ne trouvèrent que mon père (Cosme Thomas, 54 ans) et ma mère (Catherine Delseny de Catllar) que leur âge et surtout leurs infirmités avaient empêché de fuir.  Ils pillèrent et saccagèrent tout et particulièrement le linge.  Mon père et mon épouse [Antoinette Trainier] sont restés avec l'unique chemise qu'ils avaient sur le corps.

Du vin, que j'avais, fut bu et versé, et le reste des provisions de bouche qui se trouvaient chez moi furent entièrement consommées, jusqu'à même celles qu'on préparait pour souper.  Mon père fut fouillé par ces brigands jusque dans sa culotte qu'il fut forcé de défaire après avoir essuyé les plus grandes avanies de l'émigré Pons qui était à leur tête.(10)"
"Les Espagnols qui se retirèrent de Molitg le même jour dirigèrent leur marche sur Mosset. La garnison et les citoyens armés de Mosset et de Molitg qui s’étaient repliés de ce côté les obligèrent, après un combat de deux heures, à reculer. Ils se retirèrent à Prades en disant qu’ils reviendraient incessamment avec des plus grandes forces et même avec du canon.
(18)"

L'émigré Pons

Ce Pons est celui qui, prenant le titre de Général, rédigera en langue française l'ultimatum du Général espagnole Crespo le 19 août.Ancien ingénieur attaché à la place de Perpignan, connaissant paraitement ce pays, qui était le sien, était un excellent conseiller pour Ricardos.(9) Il sera guillotiné sous la terreur.


15 août : État des forces autour de Mosset et Molitg
Le 15 août 1793, François Rousset de Caudiès, administrateur du département, se rend sur les hauteurs de Mosset et Molitg avec 40 citoyens "de bonne volonté" pour se joindre à d'autres citoyens des cantons voisins afin "de faire quelques résistances à l'ennemi." Aux lieux appelés Prat Maurill et La Pinède ils devaint rencontrer ceux du canton de Montfort mais ils avaient reçu l'ordre de se transporter ailleurs. Dans son compte rendu, Rousset précise :

Molitg Rour

"Le citoyen Lavila de Mosset, administrateur du district, qui était venu nous joindre, nous a engagé, de la part de Chalvasson, commandant des troupes de Mosset, de descendre à Molitg pour nous concerter sur les postes occupés."


Canon Gribeauval de 1793 Image PHGCOM
CanonGribeauval_de_la_Republique.jpg

Ils se retrouvent donc à Molitg dans la maison de Pierre Thomas "à 10 heures du matin avec une partie du détachement et en présence de Blaise Canel de Caudiès et de Sobra commandant d'un détachement de la garde nationale échappée de Prades lors de l'invasion." Chalvasson ne peut opposer à l'ennemi qu'une force d'environ 500 hommes, " trop peu de monde dans cette gorge pour pouvoir repousser l'armée espagnole". Mais il assure qu’il n’a pas besoin d'effectifs supplémentaires ; il a "assez de troupes. S'il en recevait d'autres, il les renverrait… car il est en peine de procurer le nécessaire à la troupe en viande, souliers et munitions de guerre."

A la question : "Pourquoi les canons qui sont à Mosset se trouvent placés en un endroit qui ne domine aucune part ?" la réponse est que ce choix est celui du général d'Aoust. Étaient-ils au Plaçal ?
Par ailleurs, Chalvasson propose de placer 16 hommes de Rousset au lieu appelé "Croells," montagne entre Catllar et les Bains. Rousset répond "mon détachement n'est pas fait pour garder des avant-postes, que tout au plus il garderait les hauteurs."  La proposition faite aux intéressés a été refusée, " ce poste étant trop dangereux pour des citoyens qui ne sont pas accoutumés au feu."

La défense de Mosset
Le poste de Mosset est défendu par une compagnie du Régiment de Boulonnais de l'Armée des Pyrénées Orientales
Ce régiment est une unité de l'ancien régime rebaptisée 79e Régiment d'Infanterie en 1792. Après avoir quitté l’Armée des Alpes, son 1er Bataillon rejoint le Roussillon en juillet 1793.  L'armée des Pyrénées Orientales, alors aux ordres du général de Flers, est retirée sur les hauteurs proches de Perpignan où elle occupe un camp retranché dit "de l’Union," au Serrat d'en Vaquer. Le 1er Bataillon y est affecté. Début août, une partie des forces quitte le camp pour se porter sur les bords de la Têt et s’opposer au passage des Espagnols sur la rive gauche et protéger, aonsi, le nord du département. Trois compagnies du 79e en font partie.  Deux sont cantonnées à Corneilla-la-Rivière, la troisième à Montalba. La quatrième s'installe au château de Mosset sous le commandement du capitaine Chalvasson. Il dispose de 230 hommes à l'intérieur du château
(8), dont 65 hommes de la Garde nationale. Le complément à 500, indiqué ci-dessus, correspond probablement à des volontaires et des Miquelets placés sur les hauteurs des "Tuileries." Mais selon J. Napoléon Fervel (9), ces volontaires seraient au nombre de 800 et seraient le reliquat des volontaires qui s'étaient enfuis de Villefranche le 4 août dernier. Il est aussi fait état des "montagnards braconniers"de Miquelets formés de volontaires qui campent au Pla de Pons. A ces forces disparates, il faut ajouter quatre ou cinq pièces de canon qui jouent un rôle de défense essentiel. Ils ne sont pas au Plaçal mais juste au-dessus du village. Leur implantation fera probablement l’objet de controverses entre les jeunes Mossétans des années suivantes de retour du service militaire. Le lieu est ainsi devenu "serrat de las peces." (Colline des pièces). De là on peut bombarder à vue les abords à l'est du village mais, naturellement peu protégé, ce lieu nécessite une solide et efficace défense.

Mosset le 17 août 1793

Le 16 août, quelques milliers d’Espagnols (entre 1000 et 3000 selon les sources) sortent de Prades en 3 colonnes en direction de Catllar. "Celle de gauche était chargée de disperser deux avant-postes [probablement à Fornols] qui gardaient les crêtes de ce côté ; celle de droite devait entamer l'attaque du plateau ; enfin le centre suivait le fond de la gorge avec 5 pièces de campagne destinées à renverser les murailles qui feraient obstacle. Cette artillerie fut arrêtée par les difficultés du terrain."

Selon Roussel de Caudiès qui observait sur les hauteurs : "Ses forces étaient au moins de trois mille hommes, et nous avons failli être cernés, car l'ennemi nous a poursuivis jusques à la rivière de Rabouillet(10)"
La colonne de droite, qui avait trouvé son chemin libre, arriva la première, et enleva le plateau [des Tuilerie] après une faible résistance, et se saisit de 2 pièces parmi les 4 qu'elle tourna aussitôt contre le bourg. La colonne de gauche parut sur ces entrefaites. Alors on vit un drapeau blanc s'élever sur les murs du château."
Tous les soldats du 79e RI sont faits prisonniers.
Chalvasson s’est rendu sans combat. Ruffiandis estime "qu’une défense bien organisée pouvait arrêter l’ennemi sous les murailles de Mosset."

Mosset vu du Serrat de las peces (pièces de canons)
DMosset vu du Serrat de les pesses

Si Chalvasson n’a pas trahi, l’analyse objective et réaliste de la situation et la perte des canons rendaient toute résistance inutile : trois mille Espagnols contre 100 ou 200 vrais soldats, des Miquelets appelés "braconniers montagnards" peu disciplinés et plus aptes aux coups de main, les précédents des villages d’Eus qui a brûlé, de Prades et surtout de la forteresse de Villefranche ne poussaient pas un simple commandant de compagnie à une autre décision....
Tous les habitants de Mosset s’étaient enfuis, en emportant objets précieux et effets, à l’exception de 5 à 6 personnes
(10).

Chalvasson a t-il trahi ? Les Espagnols n'avaient pas d'Artillerie. Il fallait rendre les canons imprenables et facilement inutilisables. On peut penser aussi que si les Espagnols se sont présentés sans canons c'est parce qu'ils savaient qu'ils n'en n'auraient pas l'usage. Selon Lucia le doute n’est pas permis. Il écrit le 21 août :" Le scélérat qui était prévenu du moment de l'attaque a eu l'attention, un quart d'heure avant, de faire relever toutes les avant-gardes et de n'y placer que des soldats requis, aucun canon n'a été posté sur les avenues et il a fait renfermer toute la troupe de ligne dans le château. Il a défendu, sous peine de la vie, d'en sortir ; il a mis six hommes, dont il était sûr, à chaque porte et quand l'ennemi s'est présenté il a arboré le pavillon blanc et a livré 230 hommes qu'il avait réunis dans le château ; le reste s'est battu avec tout le courage des républicains.(8) "
Selon Ruffiandis (13) et Fervel (c), "Une quarantaine d’Espagnols furent tués par l’explosion d’un magasin à poudre lors du pillage. Les français eurent 15 tués." Il n’y en a aucune trace dans les registres d’État civil.

Dès le 21 août les Espagnols quittent Mosset et n’y laissent qu’une faible garnison qui assure la garde des prisonniers.
"Par ordre du Général Dagobert les Braconniers Montagnards qui gardaient les montagnes de Mosset sont passés au Mont Libre.
(10)"

La seule description des événements par un témoin oculaire, est celle de Joseph Prats. Le 15 avril 1794, en pleine Terreur, il fait approuver, comme maire, le texte suivant qui met fin aux soupçons d’antipatriotisme.

Ultimatum de Crespo (11)


"Prades le 19 août 1793.

Messieurs.

Il vous est enjoint, de la part de son excellence don Joseph Simon de Crespo, général qui commande l'armée de Sa Majesté catholique à Prades, de faire assembler sur-le-champ le peuple de votre ville afin qu'il délibère dans sa sagesse de nommer un baille et trois consuls, qui soient porteurs de leur délibération pour se soumettre et être fidèle à la religion catholique et au Roi d'Espagne. Sous deux jours de temps, faute de quoi, la ville sera brûlée et détruite en cendre. Il vous est également enjoint d'avertir les maires et municipaux des villages voisins non conquis qu'ils ne s'avisent à molester en aucune manière, les habitants de Mosset et leur village seraient réduits en cendre.
J'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.
Signé Pons commissionné par le général pour copies conformes à l'original.
"
Remarque : Pour apprécier les menaces de Crespo, il faut rappeler que fin Juillet à Eux, des maisons ont été brûlées.

___________________


Joseph Cassanyes


Chirurgien né à Canet en 1758, il est élu député en 1792, avec Escanyé. En 1793 il est représentant en mission  en Roussillon et prend une part importante à la direction des opérations.
Il abandonne la vie politique après le Consulat. Doit s»'exiler en 1816 pour ne regagner Canet qu'en 1830.
Il y meurt en 1843.

"Citoyen, vous n'ignorez pas ce qu’il s'est passé le 17 août dernier dans notre commune. Par l'invasion des esclaves satellites du tyran Espagnol, nous avons tous été la triste victime du pillage atroce et de ravages inouïs qu'ils firent dans nos maisons, dans le cours d'une seule nuit, qu'ils ont souillé notre terroir après une résistance assez vive de notre part pour nous opposer à l'entrée de ces brigands dans nos foyers. Nous étions obligés, pour nous éviter une mort certaine, de les abandonner et le corps municipal de quitter son poste. Le troisième jour suivant, nous étant rendus dans nos demeures dont l'aspect seul fit couler nos larmes, la municipalité reçut une lettre de la part du général espagnol commandant l'armée de Prades [Général Crespo]. Écrite par le général nommé Pons, apostat français, et conducteur de cette armée, par laquelle il lui est enjoint de faire assembler le peuple dans le plus court délai afin de procéder à la nomination d'un baille et de trois consuls. Cette lettre, écrite en caractères de sang et dictée par la tyrannie, ne contient pas moins que la condamnation aux flammes de toutes nos habitations si la moindre dilation est apportée à la nomination du consulat. Néanmoins la municipalité, après avoir conféré avec divers de ses concitoyens, demanda un répit à cet ordre dans l'espoir de voir arriver nos libérateurs, nos frères, les soldats républicains. Notre attente étant vaine, pour le moment, le peuple fut assemblé pour faire cette élection de baille et de consuls. Il est dur pour des bons républicains tels que les montagnards de Mosset de devoir céder à l'ordre d'un tyran, mais, en y obtempérant, ils n'en conservent pas moins leur patriotisme et leur attachement à la République.

Le peuple, alors rassemblé, prend en considération la force majeure qui le contraint et se soumet, momentanément, aux ordres rigoureux du tyran. Il nomme baille le citoyen Julien Corcinos, les citoyens Bonaventure Cossey, Jean Not, Isidore Pineu consuls. Ils remplissent alors les places de maire et d'officiers municipaux. Cette dénomination n'est consignée dans aucun registre de la commune et on n'en conserve aucun vestige. Le changement de nom n'a point affaibli ses sentiments de patriotisme dans le cœur de ces individus. Mosset ne s'est jamais regardée soumis au régime

Curieusement rien n’est dit sur les morts et blessés, sur les pertes espagnoles, alors que ces mentions ne pouvaient qu’être favorables à la défense du civisme de la municipalité.

Selon Fervel les Espagnols auraient perdu une quarantaine de tués ou blessés à la suite de l'explosion d'un magasin à poudre qui sauta pendant le pillage du bourg. A cela, Ruffiandis ajoute que les Français auraient eu 15 tués.(13)

La libération de Mosset

Depuis septembre les Espagnols, qui voyaient la victoire totale à portée de main, font connaissance avec l’échec.

Alors qu’à partir de Villefranche ils approchaient des portes de Mont Louis, Dagobert les surprend le 4 septembre, au petit jour, au-dessus de Canaveilles. La déroute est totale.

Dans la plaine, sur les collines de Peyrestortes, le 17 septembre aux portes de Perpignan, les Espagnols ont rassemblé plus de 10 000 hommes appuyés par 43 canons. Ils sont écrasés par les forces républicaines coordonnées par Cassanyes. Les Espagnols refluent sur le mas Deu près de Trouillas.
Ces deux revers conduisent immédiatement Ricardos à se retirer ses troupes du Conflent. Mosset est libre le 18 septembre.
Les Espagnols partent par Estardé et emmènent 137 prisonniers, les soldats du 79e Régiment, des mulets et quelques autochtones dont Sébastien Escanyé.

Mosset outragé !
Mosset brisé !
Mosset martyrisé !
Mais Mosset libéré !

L'ancien député de 1792, élu de Vinça, avait  fait l'objet de critiques qui l'ont conduit a cesser toute activité politique et à se réfugier à Mosset. Son départ avec les Espagnols renforce les soupçons sur son civisme. Sous le régime de la terreur en 1794  il sera recherché par la police.

____________________________________________
Références

Monument à Peyrestortes
Peyrestortes

1 - ADPO L676
2 - ADPO L1316
3 - SASL - Etienne Frenay (a)
4 - ADPO L423
5 - ADPO L1310
6 - Roland Serres-Bria (b)
7 - ADPO L932

8 - ADPO L271
9 - J.Napoléon Fervel (c)
10 - ADPO L415
11  - ADPO 100EDT34
12 - ADPO L1028
13 - Mosset Vieille cité de J.J. Ruffiandis.

(a) SASL - L'été de 1793 à Millas et dans ses environs - Etienne FRENAY - 1994
(b) L'incivilité des Roussillonnais sous la Révolution - Roland Serres-Bria - 1995
(c) Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées-Orientales et description topographique de cette moitié de la chaîne pyrénéenne (1793-1794-1795) - J..Napoléon Fervel - 1861.
Réédité en 2008 par Lacour-Rediviva à Nimes (Gard).

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Mis à jour le 04/06/2017
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